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4 mai 2018

Nouvelle - Vétusté des écoles : la facture explose

Publié dans La Presse - Édition du 25 avril 2018

Par Tommy Chouinard

 

(Québec) Les écoles sont plus vétustes qu'on ne le croyait, mais on n'a encore rien vu. Le tiers des bâtiments n'ont toujours pas été inspectés en fonction d'une nouvelle grille d'évaluation mise en place par le ministère de l'Éducation. Jusqu'ici, ce nouveau «processus uniformisé» a fait exploser d'au moins 100% - et jusqu'à 49 385%! - la facture des travaux à faire pour retaper les écoles dans la moitié des 72 commissions scolaires du Québec.

 

Pendant des années, les commissions scolaires ont négligé les inspections, n'ont pas présenté un portrait juste de l'état de leurs immeubles et ont sous-estimé la valeur des travaux, estime le gouvernement Couillard.

 

Une surprise se cache dans un document sur l'état des infrastructures fourni par le ministère de l'Éducation : le «déficit de maintien d'actif» de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a fondu de 45% en un an. Le « déficit de maintien d'actif » représente le montant des travaux à faire pour rénover les écoles qui sont en mauvais ou en très mauvais état.

 

Ainsi, à la CSDM, il y a pour 354,2 millions de travaux à faire dans les écoles vétustes, selon l'évaluation de 2017-2018. Or, le déficit de maintien d'actif était estimé à 643 millions un an plus tôt. La différence de 288,8 millions ne peut s'expliquer entièrement par des travaux qui auraient été réalisés au cours de l'année.

 

La présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, conteste les chiffres du Ministère. «Ça ne fonctionne carrément pas! a-t-elle lancé. On ne peut pas avoir réduit de moitié comme ça notre déficit. Vous, vous avez les chiffres du Ministère qui sont passés dans une machine à saucisses», qui exclut des travaux à faire dans des écoles dont l'état général n'est pas considéré comme mauvais. Elle chiffre les besoins en rénovation à la CSDM à 1,3 milliard.


Selon les données du Ministère, 17 autres commissions scolaires ont vu leur déficit de maintien d'actif diminué en un an. À la Commission scolaire de Charlevoix, il a baissé de 83 % - ou 10,5 millions - essentiellement parce qu'on a presque terminé la réhabilitation sismique de l'école de Baie-Saint-Paul, dont la structure a été renforcée.

 

Augmentations partout ailleurs

 

Or, le déficit de maintien d'actif a augmenté partout ailleurs. Il a au moins doublé dans 36 commissions scolaires.

 

À la Commission scolaire de Portneuf, il a même gonflé de 49 385% en un an, passant d'à peine 40 000 $ à 19,8 millions. Son directeur responsable des ressources matérielles a expliqué que les inspections faites par sa petite équipe se concentraient sur l'enveloppe extérieure des bâtiments dans le passé. Le nouveau processus d'inspection est plus complet. Des besoins en rénovations qui passaient auparavant sous le radar sont désormais comptabilisés avec plus de précision. Il signale même que 60% des bâtiments n'ont pas encore été inspectés.

 

***

LES AUTRES HAUSSES LES PLUS SPECTACULAIRES

 

Commission scolaire Harricana (Abitibi-Témiscamingue)

2016-2017 : 56 492 $

2017-2018 : 21 622 339 $

Hausse de 38 175%

 

Commission scolaire Monts-et-Marées (Bas-Saint-Laurent)

2016-2017 : 621 367 $

2017-2018 : 91 027 346 $

Hausse de 14 550%

 

Commission scolaire de Rouyn-Noranda (Abitibi-Témiscamingue)

2016-2017 : 159 820 $

2017-2018 : 18 564 380 $

Hausse de 11 516%

 

Commission scolaire des Draveurs (Outaouais)

2016-2017 : 139 419 $

2017-2018 : 12 360 782 $

Hausse de 8766%

 

Commission scolaire du Fer (Côte-Nord)

2016-2017 : 2 854 619 $

2017-2018 : 148 742 869 $

Hausse de 5111%

 

***

 

Du côté de la métropole

 

La Commission scolaire de la Vallée-des-Tisserands, en Montérégie, qui n'avait aucun déficit auparavant, déclare maintenant des écoles vétustes et chiffre les besoins en rénovations à près de 38 millions.

 

D'autres commissions scolaires, situées dans la grande région de Montréal et disposant d'un important parc immobilier, ont un déficit de maintien d'actif en forte croissance. Dans leur cas, le montant de la facture est considérable.

 

***

 

D'AUTRES HAUSSES MARQUÉES

 

Commission scolaire de Laval

2016-2017 : 83 412 931 $

2017-2018 : 347 823 992 $

Hausse de 317%

 

Commissaire scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles (Laurentides)

2016-2017 : 31 243 528 $

2017-2018 : 236 724 469 $

Hausse de 658%

 

Commissaire scolaire de la Rivière-du-Nord (Laurentides)

2016-2017 : 4 650 299 $

2017-2018 : 92 902 595 $

Hausse de 1898%

 

Commission scolaire des Affluents (Lanaudière)

2016-2017 : 11 058 245 $

2017-2018 : 81 949 605 $

Hausse de 641%

 

Commission scolaire de Sorel-Tracy (Montérégie)

2016-2017 : 1 747 178 $

2017-2018 : 40 824 894 $

Hausse de 2237%

 

Commission scolaire des Grandes-Seigneuries (Montérégie)

2016-2017 : 34 204 996 $

2017-2018 : 90 178 746 $

Hausse de 164%

 

Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île (Montréal)

2016-2017 : 31 444 973 $

2017-2018 : 64 151 839 $

Hausse de 104%

 

***

 

«On informe de la manière la plus pointue»

 

La Commission scolaire des Découvreurs, à Québec, présidée par le patron de la Fédération des commissions scolaires Alain Fortier, a vu son déficit passer de 3,6 à 56 millions, une augmentation de 1484%.

 

«J'ai l'impression que les commissions scolaires ont développé une plus grande vigilance et ont entré beaucoup plus d'informations qu'elles ne le faisaient avant» dans le logiciel auquel a accès le Ministère, a expliqué M. Fortier en entrevue à La Presse, hier.

 

«Plutôt que de seulement boucher le trou du toit qui coule, on essaie d'anticiper ce qui risque d'arriver et on informe de la manière la plus pointue possible le gouvernement de l'état de nos bâtisses. Mais ça ne veut pas dire que demain matin, on ne sera capables de faire l'école à la Commission scolaire des Découvreurs!»

 

Résultat des courses : le déficit de maintien d'actif pour l'ensemble des commissions scolaires a presque doublé en un an. Il est passé de 1,8 à 3,3 milliards de dollars si l'on combine les écoles primaires et secondaires de même que les autres bâtiments, comme l'indique un document déposé au même moment que le dernier budget Leitão.

 

Il est acquis que ce déficit augmentera encore. Le tiers des bâtiments scolaires n'ont pas été inspectés en vertu du nouveau «processus uniformisé». L'opération sera terminée d'ici 2020, prévoit le gouvernement.

 

Il y a un an, Québec soutenait que 62% des 2248 écoles primaires et 75% des 452 écoles secondaires étaient en bon état. Or, le nouveau processus d'inspection a permis de constater que le parc immobilier est beaucoup plus mal en point : 55% des écoles primaires sont dans un mauvais (36%) ou très mauvais (19%) état. Au secondaire, 47% des établissements sont vétustes.

 

Le gouvernement Couillard a accordé une allocation de 724 millions l'an dernier - contre 655 millions en 2016-2017 - pour maintenir les actifs et résorber le déficit d'entretien. Le nouveau budget Leitão ajoute 430 millions au cours des cinq prochaines années.

 

Selon les documents budgétaires, des sommes destinées à rénover des écoles, plus de 1 milliard de dollars, ont été accordées aux commissions scolaires, mais «ne sont pas dépensées à ce jour». Des difficultés dans la planification des travaux seraient en cause. Alain Fortier rappelle que les rénovations doivent se faire en été, lorsque les élèves ne sont pas en classe.

 

Québec maintient son objectif : que toutes les écoles soient dans un état satisfaisant d'ici 2030.

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